Mercredi 24 février 2010
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22:43
S'aspergeant le visage d'une eau glaciale, Derek finit par émerger, non sans peine, de sa torpeur matinale, n'ayant que peu pour ne pas dire pas du tout dormi le soir d'avant. Sa petite amie,
Larissa, l'avait quitté par SMS interposé la veille, prétextant la découverte du grand amour dans les deux semaines qu'elle avait passées au pays de Galles. Il avait par conséquent passé la nuit
entre son atelier de peinture où il avait consciencieusement tailladé tous les portraits, les bustes et les nus qu'il avait peint d'elle dans les six mois qu'ils avaient passé ensemble, plusieurs
sites de charme pour essayer de se consoler (tout en se maudissant d'avoir détruit les nus), le bar d'où il déterra une bouteille de vodka qu'il réservait pour l'anniversaire de leur rencontre et
enfin, abruti par le choc, le sommeil et l'alcool, le salon où passait le direct du programme libre de patinage artistique. Il enfila enfin un T-shirt rouge ainsi qu'un vieux jean troué et partit
manger. Malgré tout, c'était le premier jour de sa dernière année de lycée et il ne voulait pas arriver en retard. N'avalant rien d'autre qu'un espresso et un Doliprane, il sortit de son
appartement du haut de ses 17 ans et enfourcha une Vespa noire.
Dix minutes plus tard, il arriva à la sardinière surpeuplée qui lui servait de lycée, que ses dirigeants avaient baptisé Lycée Sainte-Croix en honneur d'une monumentale croix rouge des environs, qui elle-même, en plus de servir de marqueur culturel, commémorait depuis l'époque des croisades la découverte d'un morceau de LA croix, et qui n'était d'ailleurs pas un spectacle tellement rare dans la région – les grosses croix, pas les reliques. Il y avait encore plus de monde que l'année passée : les incontournables secondes, mais aussi un nombre conséquent d'élèves participant à des échanges culturels de longue durée, venus du monde entier, à l'exception notable – et heureuse pour les éventuels concernés – du Pays de Galles. « Si la direction fait autant de comm' sans suivre derrière, l'endroit risque fort d'imploser... » Après s'être garé non loin du fumoir désaffecté, Derek s'empressa de retrouver son groupe d'amis, ce qui se révéla chose facile puisqu'ils se trouvaient au même endroit où ils s'étaient quittés deux mois avant.
« Plop!* » dit-il en prenant une pose digne d'un Japonais tentant de faire un Tetris humain. Les autres se retournèrent, ainsi que plusieurs nouveaux-venus qui s'amusaient du spectacle. Il était vraiment le seul capable de parler comme en messagerie instantanée et mimer un smiley (autre que ''XD'') au cours d'une conversation, comme si de rien n'était. Accessoirement, les traces subsistantes d'alcool n'y étaient pas pour rien.
« Alors, cette soirée? », demanda Lucas le sourire aux lèvres.
– La soirée n'a d'identité par rapport au jour que si on dort pour séparer les deux, ce qui n'était pas mon cas... » répondit Derek, appréciant peu la référence malchanceuse à Larissa.
– Quelle idée de faire une nuit blanche la veille de la rentrée, aussi... Et ça compte rentrer en khâgne!
– L'hypokhâgne c'était une idée de ma mère à cause du français, personnellement je me suis à peine encore posé la question. C'est pas parce que je me tape des nuits blanches pour une raison ou une autre que je suis officiellement dérangé. »
« T'as passé de bonnes vacances, sinon? » coupa Elsa plutôt sèchement. Comme Derek, elle non plus n'avait pas dormi de la nuit, bien que sa vie affective soit bien moins remplie. À l'inverse de Derek, elle n'était pas spécialement intéressée par la peinture, obtenait des résultats nettement moins élevés dans les matières littéraires, et préférait s'adonner à des activités plus traditionnelles à son goût comme les jeux de rôle en ligne ; la nuit, elle l'avait passée à raider un donjon avec des coréens.
« Si tu considères Lourdes comme ton lieu rêvé de vacances au soleil. Mon hypocondriaque de grand-mère a tenu à ce qu'on l'y accompagne tous, prétextant une paralysie imminente. Et toi?
– Bof, j'ai pas mal glandé en fait. Pas moyen de bronzer pendant l'été sibérien!
– Parce que tu comptais bronzer depuis ta chambre? Ironisa Lucas.
– Hey, je passerai ma vie à "élever des remparts", je peux bien passer mon adolescence à en détruire, lui répliqua Elsa en faisant une courbette stéréotypée.
– Je ne suis pas certain que Confucius avait la même conception des remparts que toi, enfin c'est toujours mieux que de choper un cancer de la peau, tu me diras.
– Les gens meurent quand ils sont tués...
– La vie? Ne me parles pas de la vie... » fit-il en affectant une grise mine dramatique.
– Vous savez parler autrement que par citation interposée, vous deux? dit Derek, visiblement lassé. Sérieux, vous me donnez une de ces migraines...
Soudainement, la sonnerie du lycée les tira de cette joute verbale des plus stériles pour les pousser vers l'amphithéâtre où le directeur allait prononcer son traditionnel discours de rentrée. Non aux mauvaises ondes des « cellulaires », non aux nombreuses chaines des peu nombreux gothiques, non aux « sangsues » dans les couloirs, non aux « cyber-chats » au CDI... Ce discours, la plupart des élèves le connaissait par cœur pour l'avoir déjà entendu. Petite nouveauté, les élèves de terminale pouvaient s'absenter de l'enceinte pendant leurs heures de pause, contournant ainsi la loi anti-tabac en vigueur. Un peu comme les délinquants du petit écran qui échappent à la justice étatsunienne en enjambant la frontière avec le Mexique.
Finalement, au bout d'une heure de discours essentiellement publicitaire, le directeur invita les professeurs principaux à effectuer le premier appel de leurs classes. Un professeur de littérature entre deux âges, vêtu d'une chemise à fleurs et répondant au nom de Martin, prit la parole pour appeler ses nouveaux élèves et après plusieurs longues minutes, Derek et Lucas se retrouvèrent ainsi en TL2.
« Bon courage », lui lança Elsa, qui elle irait en TS3.
– Tschuss, ma poule. »
Derek descendit les marches de l'amphi encore plein à craquer et observa sa classe pendant qu'ils se dirigeaient vers une salle de cours. Le jeune homme aurait tout le temps de se faire des nouvelles connaissances . Arrivé en dernier dans la salle, il ferma la porte et s'assit au rang du fond où Lucas lui avait gardé une place, en compagnie d'une jeune fille aux cheveux noirs raides, apparemment un peu déboussolée par la topologie singulière de l'établissement.
« Salut, moi c'est Derek Even. »
– Natasha Coppens, mais on m'appelle Tanya.
– Lucas Moreau, on m'appelle... Lucas.
– Merci de cet éclaircissement, Lulu... » dit Derek, en riant doucement.
Après une courte hésitation, Derek finit par s'enquérir : « Tu dis Coppens, mais...aucun lien de parenté avec le vieux qui a découvert Lucy, j'imagine?
– Navré de te décevoir, j'ai un nom semble-t-il plutôt courant en Belgique flamande. Ce qui ne vous importe probablement que peu puisque Yves Coppens est français à ma connaissance.
- C'était donc ça. Permets-moi de te dire que tu parles plutôt bien français.
- Merci, mais le débit du prof est encore un peu rapide, il me faudra du temps pour m'y habituer.
– Tu sais, si tu comprends pas l'intégralité du récit des vacances de Martin à Tenerife je peux toujours t'expliquer ça, mais entre nous, je doute que tu rates grand chose... » remarqua Derek.
Ceci provoqua un léger rire chez Tanya, (« Comme celui d'un hamster... » pensa Derek), attirant l'attention du prof de lettres.
"Even! Cessez donc de bavarder avec votre voisine ou je vous donne la Princesse de Clèves à lire en salle d'étude, ça vous occupera et ça m'évitera d'avoir à le faire moi-même... Tâchez de suivre, à l'occasion! - Oui monsieur..."
Une heure et de nombreux polycopiés plus tard, le jingle du standard retentit de nouveau, appelant les élèves hors de la salle comme le flûtiste de Hamelin avec ses rats.
« Pas mal, pas mal! Ta mère est au courant, j'espère? » lâcha Elsa à son arrivée, ce qui fit vivement rougir la concernée.
– Elsa, voici Tanya, qui est dans ma classe. Tanya, je te présente Elsa. dit Derek sans cacher une certaine irritation. – Honneur et gloire, fille des elfes! » dit Elsa en tirant une révérence feinte, irritée par l'attention que Lucas semblait accorder à la nouvelle-venue.
– Je parie que t'es nyctalope! » blagua Lucas avant de se prendre une taloche d'Elsa qui, décidément, n'appréciait pas qu'on se moque des elfes.
– Ça vous dirait d'arrêter ce cirque, les mecs? Non mais c'est que Tanya pourrait croire qu'on est tous attardés dans cette ville, à vous voir tous les deux. Coupa Derek.
– C'est bon, prends pas la mouche comme ça, répondit Lucas. En parlant de mouche, elle nous rejoint pas, ta copine?
– Et merde...
– Qu'est-ce qu'il y a, Derek? demanda Elsa avec un regard inquisiteur.
– Croyez-moi, j'avais vraiment pas envie de vous en parler dès aujourd'hui mais... Larissa s'est cassée, les mecs.
Lucas et Elsa écarquillèrent les yeux.
– Le fils de la famille d'accueil pendant le stage intensif au Pays de Galles. expliqua Derek sans s'y attarder.
– Tu rigoles? Son copain est à moitié canadien et elle trouve rien de mieux à faire que de se casser dans une ville avec un nom imprononçable pour apprendre l'anglais?
– Et bien, déjà que c'était pas une lumière, c'est pas Derek qui devait lui donner des cours de langues... dit Elsa en grimaçant.
– Mort de rire Elsa, je ferai en sorte de m'en souvenir le jour où ton copain se trouvera une rousse férale. Ah mais mince alors, t'en as pas!
– Les gens!
Effectivement, les trois amis avaient presque oublié la présence de Tanya, qui en était consciente et l'appréciait moyennement.
– Les gars, je vous connais depuis quelques heures à peine, même pas dix minutes dans le cas d'Elsa, mais là, ça devient vraiment n'importe quoi!
– T'as raison, dit Elsa, je ferais mieux de partir en cours si je veux pas finir au premier rang. A ce midi, Lucas." Alors qu'elle partait d'un pas rapide, ce dernier la suivit précipitamment.
– Casse-toi aussi si ça te chante, mais aux dernières nouvelles t'es dans ma classe, et la salle c'est dans l'autre sens. » cria Derek, dont la soirée déjà maussade engrenait sans transition sur une journée guère meilleure. Mais Lucas n'entendait déjà plus Derek, déjà engouffré dans le labyrinthe que seul un architecte particulièrement alcoolisé avait pu imaginer, le bâtiment principal. Lorsqu'il finit par rattraper Elsa, celle-ci sembla amusée.
– Eh bien, tu m'as suivie moi alors que j'ai été particulièrement vache avec ton meilleur ami, c'est plutôt flatteur. Ecoute Lucas, tu sais aussi bien que moi que Derek pouvait trouver beaucoup mieux que cette fille. C'est probablement une bonne chose pour lui qu'elle soit partie.
– En effet, je ne peux pas dire que j'étais dévasté en entendant la nouvelle. Ceci dit, c'est à lui d'en juger, pas nous. J'ai été con, toi aussi, et pour l'heure, il a besoin de notre soutien.
- Niveau soutien, je m'inquiètes pas trop pour lui, il a déjà son Häagen-Dazs grandeur nature."
La référence à Tanya fit sourire Lucas. C'est alors que la sonnerie retentit, interrompant cette discussion. Saluant son interlocuteur, Elsa partit en cours en lui assurant de la reprendre plus tard. Lucas bugua un moment avant de repartir à son tour vers sa salle, à l'autre bout du complexe. Tellement occupé à ses pensées, il ne remarqua pas une silhouette fine aux cheveux noirs qui ayant tout observé de derrière la porte de son casier, gardait les yeux rivés sur le jeune homme qui courait maintenant pour ne pas arriver en retard.
Dix minutes plus tard, il arriva à la sardinière surpeuplée qui lui servait de lycée, que ses dirigeants avaient baptisé Lycée Sainte-Croix en honneur d'une monumentale croix rouge des environs, qui elle-même, en plus de servir de marqueur culturel, commémorait depuis l'époque des croisades la découverte d'un morceau de LA croix, et qui n'était d'ailleurs pas un spectacle tellement rare dans la région – les grosses croix, pas les reliques. Il y avait encore plus de monde que l'année passée : les incontournables secondes, mais aussi un nombre conséquent d'élèves participant à des échanges culturels de longue durée, venus du monde entier, à l'exception notable – et heureuse pour les éventuels concernés – du Pays de Galles. « Si la direction fait autant de comm' sans suivre derrière, l'endroit risque fort d'imploser... » Après s'être garé non loin du fumoir désaffecté, Derek s'empressa de retrouver son groupe d'amis, ce qui se révéla chose facile puisqu'ils se trouvaient au même endroit où ils s'étaient quittés deux mois avant.
« Plop!* » dit-il en prenant une pose digne d'un Japonais tentant de faire un Tetris humain. Les autres se retournèrent, ainsi que plusieurs nouveaux-venus qui s'amusaient du spectacle. Il était vraiment le seul capable de parler comme en messagerie instantanée et mimer un smiley (autre que ''XD'') au cours d'une conversation, comme si de rien n'était. Accessoirement, les traces subsistantes d'alcool n'y étaient pas pour rien.
« Alors, cette soirée? », demanda Lucas le sourire aux lèvres.
– La soirée n'a d'identité par rapport au jour que si on dort pour séparer les deux, ce qui n'était pas mon cas... » répondit Derek, appréciant peu la référence malchanceuse à Larissa.
– Quelle idée de faire une nuit blanche la veille de la rentrée, aussi... Et ça compte rentrer en khâgne!
– L'hypokhâgne c'était une idée de ma mère à cause du français, personnellement je me suis à peine encore posé la question. C'est pas parce que je me tape des nuits blanches pour une raison ou une autre que je suis officiellement dérangé. »
« T'as passé de bonnes vacances, sinon? » coupa Elsa plutôt sèchement. Comme Derek, elle non plus n'avait pas dormi de la nuit, bien que sa vie affective soit bien moins remplie. À l'inverse de Derek, elle n'était pas spécialement intéressée par la peinture, obtenait des résultats nettement moins élevés dans les matières littéraires, et préférait s'adonner à des activités plus traditionnelles à son goût comme les jeux de rôle en ligne ; la nuit, elle l'avait passée à raider un donjon avec des coréens.
« Si tu considères Lourdes comme ton lieu rêvé de vacances au soleil. Mon hypocondriaque de grand-mère a tenu à ce qu'on l'y accompagne tous, prétextant une paralysie imminente. Et toi?
– Bof, j'ai pas mal glandé en fait. Pas moyen de bronzer pendant l'été sibérien!
– Parce que tu comptais bronzer depuis ta chambre? Ironisa Lucas.
– Hey, je passerai ma vie à "élever des remparts", je peux bien passer mon adolescence à en détruire, lui répliqua Elsa en faisant une courbette stéréotypée.
– Je ne suis pas certain que Confucius avait la même conception des remparts que toi, enfin c'est toujours mieux que de choper un cancer de la peau, tu me diras.
– Les gens meurent quand ils sont tués...
– La vie? Ne me parles pas de la vie... » fit-il en affectant une grise mine dramatique.
– Vous savez parler autrement que par citation interposée, vous deux? dit Derek, visiblement lassé. Sérieux, vous me donnez une de ces migraines...
Soudainement, la sonnerie du lycée les tira de cette joute verbale des plus stériles pour les pousser vers l'amphithéâtre où le directeur allait prononcer son traditionnel discours de rentrée. Non aux mauvaises ondes des « cellulaires », non aux nombreuses chaines des peu nombreux gothiques, non aux « sangsues » dans les couloirs, non aux « cyber-chats » au CDI... Ce discours, la plupart des élèves le connaissait par cœur pour l'avoir déjà entendu. Petite nouveauté, les élèves de terminale pouvaient s'absenter de l'enceinte pendant leurs heures de pause, contournant ainsi la loi anti-tabac en vigueur. Un peu comme les délinquants du petit écran qui échappent à la justice étatsunienne en enjambant la frontière avec le Mexique.
Finalement, au bout d'une heure de discours essentiellement publicitaire, le directeur invita les professeurs principaux à effectuer le premier appel de leurs classes. Un professeur de littérature entre deux âges, vêtu d'une chemise à fleurs et répondant au nom de Martin, prit la parole pour appeler ses nouveaux élèves et après plusieurs longues minutes, Derek et Lucas se retrouvèrent ainsi en TL2.
« Bon courage », lui lança Elsa, qui elle irait en TS3.
– Tschuss, ma poule. »
Derek descendit les marches de l'amphi encore plein à craquer et observa sa classe pendant qu'ils se dirigeaient vers une salle de cours. Le jeune homme aurait tout le temps de se faire des nouvelles connaissances . Arrivé en dernier dans la salle, il ferma la porte et s'assit au rang du fond où Lucas lui avait gardé une place, en compagnie d'une jeune fille aux cheveux noirs raides, apparemment un peu déboussolée par la topologie singulière de l'établissement.
« Salut, moi c'est Derek Even. »
– Natasha Coppens, mais on m'appelle Tanya.
– Lucas Moreau, on m'appelle... Lucas.
– Merci de cet éclaircissement, Lulu... » dit Derek, en riant doucement.
Après une courte hésitation, Derek finit par s'enquérir : « Tu dis Coppens, mais...aucun lien de parenté avec le vieux qui a découvert Lucy, j'imagine?
– Navré de te décevoir, j'ai un nom semble-t-il plutôt courant en Belgique flamande. Ce qui ne vous importe probablement que peu puisque Yves Coppens est français à ma connaissance.
- C'était donc ça. Permets-moi de te dire que tu parles plutôt bien français.
- Merci, mais le débit du prof est encore un peu rapide, il me faudra du temps pour m'y habituer.
– Tu sais, si tu comprends pas l'intégralité du récit des vacances de Martin à Tenerife je peux toujours t'expliquer ça, mais entre nous, je doute que tu rates grand chose... » remarqua Derek.
Ceci provoqua un léger rire chez Tanya, (« Comme celui d'un hamster... » pensa Derek), attirant l'attention du prof de lettres.
"Even! Cessez donc de bavarder avec votre voisine ou je vous donne la Princesse de Clèves à lire en salle d'étude, ça vous occupera et ça m'évitera d'avoir à le faire moi-même... Tâchez de suivre, à l'occasion! - Oui monsieur..."
Une heure et de nombreux polycopiés plus tard, le jingle du standard retentit de nouveau, appelant les élèves hors de la salle comme le flûtiste de Hamelin avec ses rats.
« Pas mal, pas mal! Ta mère est au courant, j'espère? » lâcha Elsa à son arrivée, ce qui fit vivement rougir la concernée.
– Elsa, voici Tanya, qui est dans ma classe. Tanya, je te présente Elsa. dit Derek sans cacher une certaine irritation. – Honneur et gloire, fille des elfes! » dit Elsa en tirant une révérence feinte, irritée par l'attention que Lucas semblait accorder à la nouvelle-venue.
– Je parie que t'es nyctalope! » blagua Lucas avant de se prendre une taloche d'Elsa qui, décidément, n'appréciait pas qu'on se moque des elfes.
– Ça vous dirait d'arrêter ce cirque, les mecs? Non mais c'est que Tanya pourrait croire qu'on est tous attardés dans cette ville, à vous voir tous les deux. Coupa Derek.
– C'est bon, prends pas la mouche comme ça, répondit Lucas. En parlant de mouche, elle nous rejoint pas, ta copine?
– Et merde...
– Qu'est-ce qu'il y a, Derek? demanda Elsa avec un regard inquisiteur.
– Croyez-moi, j'avais vraiment pas envie de vous en parler dès aujourd'hui mais... Larissa s'est cassée, les mecs.
Lucas et Elsa écarquillèrent les yeux.
– Le fils de la famille d'accueil pendant le stage intensif au Pays de Galles. expliqua Derek sans s'y attarder.
– Tu rigoles? Son copain est à moitié canadien et elle trouve rien de mieux à faire que de se casser dans une ville avec un nom imprononçable pour apprendre l'anglais?
– Et bien, déjà que c'était pas une lumière, c'est pas Derek qui devait lui donner des cours de langues... dit Elsa en grimaçant.
– Mort de rire Elsa, je ferai en sorte de m'en souvenir le jour où ton copain se trouvera une rousse férale. Ah mais mince alors, t'en as pas!
– Les gens!
Effectivement, les trois amis avaient presque oublié la présence de Tanya, qui en était consciente et l'appréciait moyennement.
– Les gars, je vous connais depuis quelques heures à peine, même pas dix minutes dans le cas d'Elsa, mais là, ça devient vraiment n'importe quoi!
– T'as raison, dit Elsa, je ferais mieux de partir en cours si je veux pas finir au premier rang. A ce midi, Lucas." Alors qu'elle partait d'un pas rapide, ce dernier la suivit précipitamment.
– Casse-toi aussi si ça te chante, mais aux dernières nouvelles t'es dans ma classe, et la salle c'est dans l'autre sens. » cria Derek, dont la soirée déjà maussade engrenait sans transition sur une journée guère meilleure. Mais Lucas n'entendait déjà plus Derek, déjà engouffré dans le labyrinthe que seul un architecte particulièrement alcoolisé avait pu imaginer, le bâtiment principal. Lorsqu'il finit par rattraper Elsa, celle-ci sembla amusée.
– Eh bien, tu m'as suivie moi alors que j'ai été particulièrement vache avec ton meilleur ami, c'est plutôt flatteur. Ecoute Lucas, tu sais aussi bien que moi que Derek pouvait trouver beaucoup mieux que cette fille. C'est probablement une bonne chose pour lui qu'elle soit partie.
– En effet, je ne peux pas dire que j'étais dévasté en entendant la nouvelle. Ceci dit, c'est à lui d'en juger, pas nous. J'ai été con, toi aussi, et pour l'heure, il a besoin de notre soutien.
- Niveau soutien, je m'inquiètes pas trop pour lui, il a déjà son Häagen-Dazs grandeur nature."
La référence à Tanya fit sourire Lucas. C'est alors que la sonnerie retentit, interrompant cette discussion. Saluant son interlocuteur, Elsa partit en cours en lui assurant de la reprendre plus tard. Lucas bugua un moment avant de repartir à son tour vers sa salle, à l'autre bout du complexe. Tellement occupé à ses pensées, il ne remarqua pas une silhouette fine aux cheveux noirs qui ayant tout observé de derrière la porte de son casier, gardait les yeux rivés sur le jeune homme qui courait maintenant pour ne pas arriver en retard.
Par Torelma Fictions
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Publié dans : Rayer la mention inutile
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